Découverte du Queyras du 27 juin au 17 juillet 2020

Après quatre jours passés à Annecy, nous quittons cette charmante ville de Haute-Savoie pour poursuivre notre voyage vers le Queyras. A Grenoble, nous avons le choix entre trois itinéraires: le plus court qui passe par le col du Lautaret mais que nous emprunterons au retour, la Route Napoléon qui transite par Gap et que nous avons déjà suivie à plusieurs reprises et, dernière option, la voie qui relie Grenoble à Aix-en-Provence en passant à Sisteron. Notre choix se porte sur cette dernière possibilité qui a l’avantage d’être la moins accidentée, donc la plus rapide lorsqu’on se déplace avec un camping-car.
Après avoir roulé un peu plus de 200 kilomètres, nous éprouvons le besoin de nous dégourdir les jambes. Nous trouvons un camping à Veynes, petite bourgade située à une trentaine de kilomètres de Gap. Aménagé au bord d’un joli plan d’eau en pleine nature, ce camping est quasi vide en cette fin du mois de juin. Autant de critères que nous apprécions. Nous nous y installons pour trois nuits.

Cette étape que nous n’avions pas programmée sera pour nous l’occasion de découvrir un écosystème qui a quasiment disparu en Suisse mais qui est encore bien présent dans les Alpes françaises: les rivières « en tresses »: nous sommes installées à proximité d’un cours d’eau – le petit Buëch- qui prend sa source dans les montagnes avoisinantes d’où il charrie de grandes quantités d’alluvions. En arrivant dans la plaine, la pente devient moins forte et les matériaux transportés se déposent, formant de vastes bancs de graviers et de cailloux. Le torrent devenu rivière forme alors de multiples chenaux, très mobiles dans l’espace et dans le temps et qui s’enchevêtrent comme des tresses.

Lundi 29 juin, nous reprenons la route pour une dernière étape de 100 km à peine.
Le Parc régional du Queyras où nous nous rendons est situé dans les Hautes-Alpes, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Briançon. C’est une région montagneuse dont l’altitude se situe entre 1000 et 3500 mètres, reculée et assez difficile d’accès, en hiver particulièrement. Même à cette saison, l’entrée dans cette combe reculée peut être source de montée d’adrénaline: la route, étroite et sinueuse est creusée dans une gorge et les véhicules hauts, dont les camping-cars, ont intérêt à passer au milieu de la chaussée sous peine de raboter leur carrosserie contre la paroi de rochers. Quant au tunnel dans lequel il faut serrer les épaules lorsque l’on croise une voiture, on prie le ciel qu’il n’y en ait pas plusieurs de suite ! J’ai déjà emprunté cet itinéraire il y a une trentaine d’années pour suivre un cours de botanique avec Eric Grossenbacher. A l’époque, j’avais déjà un camping-car et ce passage scabreux est resté dans ma mémoire ! Mais ne dit-on pas que le paradis se mérite ?

Ceillac, église Saint Sébastien et son clocher très particulier

Lorsque l’on arrive à Ceillac, petit village situé dans le vallon creusé par le Mélèzet, on est frappé par la richesse des prairies de fauche: ce sont des tapis multicolores qui s’offrent à nos yeux et qui sont malheureusement devenus très rares chez nous.

Je ne dresserai pas une liste de toutes les espèces que nous y avons observées – elle serait trop longue et fastidieuse -, mais je ne passerai pas sous silence la présence fréquente du Tarier des prés, un petit oiseau qui fréquentait nos prairies jurassiennes avant que l’intensification de l’agriculture ne détruise son milieu.

Durant la dizaine de jours que nous avons passés au Camping des Mélèzes, nous avons parcouru une bonne partie des sentiers très bien signalés et aménagés dans les alentours de Ceillac. Certains à thèmes : la vie des habitants de la vallée jusqu’au milieu du XXe siècle ou le sentier des cairns insolites.

Maisons d’alpage que les habitants de Ceillac occupaient avec leur bétail au printemps et en automne. L’été, ils montaient encore plus haut. Actuellement, elles sont utilisées comme résidences de vacances.
Le camping les Mélèzes est situé dans le fond d’un vallon, si bien qu’à 18.30 il est déjà dans l’ombre. Pour profiter des derniers rayons de soleil, nous repartons souvent après le repas du soir nous balader sur les hauteurs. Les montagnes bénéficient alors d’une lumière magique.
Une tempête est passée par là …

Une journée entière est consacrée à la randonnée phare du lieu : la montée aux lacs St.Anne et Miroir. Parties de Chaurionde à 1970 m d’altitude, nous avalons les quelque 600 m de dénivelée qui nous séparent du lac St.Anne sans trop d’efforts: la température est agréable, l’environnement magnifique: forêts de mélèzes et d’aroles, très riche flore des montagnes dont les rhododendrons en pleine floraison, torrents impétueux.

Les trolles d’Europe sont encore très beaux sur les versants nord
Rhododendrons
Lac St.Anne. Personnellement, je trouve que le nom Lac Miroir conviendrait mieux à celui-ci !
Lac Miroir
L’azuré du serpolet

Après une longue pause au lac Miroir, nous nous remettons en route pour attaquer la descente très raide qui nous ramène au camping. Nous prenons notre temps et nous arrivons en fin d’après-midi, les pieds et les articulations endoloris mais la tête remplie de magnifiques images.

Sur le chemin qui mène au lac St.Anne
Globulaire à feuilles en coeur

Le lendemain de cette longue randonnée est un lundi, jour de marché à Guillestre. Soucieuses d’accorder un peu de repos à nos articulations, nous décidons d’aller nous imprégner des senteurs et de l’ambiance d’un marché du sud. La navette qui dessert Ceillac vers Guillestre part à 07.10. Lorsque nous arrivons, les marchands sont encore en train d’installer leurs étals. Pas de problème, en attendant que le marché s’anime, nous allons prendre un petit déjeuner sur une terrasse de la place. Il est 9h et la navette qui doit nous ramener à Ceillac ne part qu’à 14.45. Nous n’avons pas envie de passer toute la matinée au marché si bien que nous suivons la suggestion du guide Michelin de parcourir la Rue des Masques, une balade facile de deux heures. En cours de route, un panneau de signalisation des sentiers pédestres indique « le Pain de sucre », une éminence d’où l’on jouit d’une vue panoramique sur Guillestre , la vallée de la Durance et le massif des Ecrins. Nous nous laissons tenter.

Au loin, le massif des Ecrins

Ce petit supplément nous coûtera 3/4 d’heure de marche supplémentaire … Lorsque nous arrivons à l’aplomb de falaises impressionnantes équipées de nombreuses voies d’escalade, nous sommes dans l’expectative : devons-nous emprunter le sentier escarpé qui descend en direction du Guil ou suivre le haut de la falaise ? Un jogger arrive à notre hauteur. Nous nous permettons de lui demander où se trouve la « rue des Masques ». Il arrête son chrono et nous répond aimablement qu’il faut descendre le sentier « un peu raide » sur une cinquantaine de mètres et que nous arriverons alors sur « la rue des Masques ». Nous le remercions et nous nous engageons dans la pente.

Le chemin étant par endroit quelque peu malaisé, nos bâtons de marche nous rendraient bien service, mais comme nous avions l’intention de faire une balade tranquille, nous les avons laissés au camping … Je devrai me contenter aujourd’hui d’un morceau de bois ramassé en route.

Pourquoi ce nom de Rue des Masques ? Internet va satisfaire notre curiosité : le sentier se faufile entre deux parois de rocher dans une faille due à l’effondrement partiel de la falaise de « poudingue » (le poudingue est une roche sédimentaire constituée de débris arrondis cimentés qui sont d’anciens galets ). Cet évènement dut se produire au Moyen-Age et il frappa l’imagination de la population. Pendant des siècles, les bergers racontèrent que des géants monstrueux et des nains turbulents faisaient des apparitions dans ces lieux. Dès lors, les voyageurs cessèrent de passer par ce chemin une fois la nuit tombée. Le nom de rue des « Masques » vient du provençal « Masco » qui désigne précisément des sorciers qui jouent aux boules avec les rochers.

Au fur et à mesure de notre progression, nous nous rendons compte que le chemin descend jusqu’au bord du Guil et que, pour remonter à Guillestre, il faudra contourner le plateau sur lequel s’est construite la petite cité .

Le Guil et sur la falaise Mont-Dauphin, place forte construite par Vauban

La remontée dans la vieille ville de Guillestre est pénible: il est midi, le soleil tape dur et j’ai mal à la hanche … Lorsqu’enfin nous arrivons au marché, les commerçants sont en train de ranger leurs invendus. Nous trouvons encore un producteur qui nous vend un peu de fromage et du miel. Nous avons soif, notre estomac crie famine; nous nous laissons tomber sur une chaise à l’ombre d’une terrasse et nous dégustons avec délices une boisson bien fraîche et une grande salade-repas.

Après 4 heures de marche, nous nous retrouvons sur le plateau qui domine le Guil, juste en face de Mont-Dauphin.

Demain, c’est sûr, nous ne quitterons pas le camping !

Et nous n’avons pas quitté le camping… mais, le surlendemain, nous prenons la route pour visiter St-Véran, 2040m, « la plus haute commune où se mange le pain de Dieu »…

Le matin, arrivée au village

… Zermatt ou Saas-Fee… de nouveau une station pour touristes, me suis-je dit, avant d’y aller. Ce village de montagne a, en fait, gardé toute son authenticité : pas de magasins regorgeant d’articles pour voyageurs aisés, très peu de boutiques de souvenirs… seuls 2 ou 3 restaurants permettent aux hôtes de passage d’assouvir leur soif et de déguster quelque spécialité régionale.

Le temple : le village possède une église réformée; beaucoup de huguenots ont habité cette région

Le musée nous donne une idée précise de ce que furent les maisons d’antan. Celle-ci date de 1631 et fut habitée par la même famille jusque peu avant la deuxième guerre mondiale. Dès lors, entretenue mais peu transformée par un architecte de renom, elle nous permet de découvrir tous les aspects de la vie paysanne. La pièce commune du rez-de-chaussée était si commune qu’habitants et bêtes y cohabitaient comme, d’ailleurs, ce fut le cas chez nous dans les fermes jurassiennes.

La plus vieille maison de St-Véran

Originalité du village, chaque maison ou presque est ornée d’un cadran solaire, moyen de lire l’heure dans un endroit où le soleil brille 300 jours par année. Presque chacun d’eux est complété par une maxime: « Je mesure le temps, image mobile de l’immobile éternité », «  Toutes les heures blessent, la dernière tue », « Le soleil se lève pour tous »…
Souvent moralisatrices, elles rappellent à l’homme qu’il doit faire bon usage de son temps.

Autre curiosité du lieu, les croix de bois, érigées au 20e siècle, ornées des instruments de la Passion.

Elles sont surmontées d’un coq (« le coq chantera trois fois », pour le reniement de Pierre). Ce qui explique peut-être la devise du lieu : «  St-Véran, là où le coq picore les étoiles ».

Après avoir découvert ce village, l’un des plus beaux de France, en tous les cas, l’un des plus authentiques, nous décidons de rejoindre le Chalp de St-Véran, un hameau situé en contrebas en suivant le torrent. Belle balade pour terminer cette journée intéressante, l’occasion aussi de faire encore quelques photos de ce lieu à garder en mémoire.

Sur le chemin du retour, nous admirons au passage l’imposant château qui domine la localité de Château-Queyras.

Nous avons quitté Prêles voici trois semaines, il est temps de songer au retour. Nous nous arrêtons encore à Briançon, ville située au carrefour de 4 vallées et, de tout temps, convoitée. Ainsi, à la fin du 17e siècle, menacée par le duc de Savoie, Vauban fait améliorer et renforcer les fortifications de la ville et enclenche la construction d’une série de forts autour d’elle pour la défendre.

La ville haute de Briançon et, pour la protéger, le fort des Salettes
La maquette de la ville haute et les fameuses fortifications en étoile de Vauban
Une ville difficile à prendre, d’ailleurs elle ne le fut jamais.
La ville haute a gardé son allure de village médiéval avec ses ruelles étroites

Nous empruntons le col du Lautaret pour rejoindre Grenoble et, au passage, nous admirons la Meije, deuxième plus haut sommet du massif des Ecrins avec ses 3984m….

… et une cascade impressionnante.

Et pour fermer ce carnet de voyage, non point des réalisations d’artistes ou d’architectes reconnus, mais des oeuvres d’anonymes qui nous ont charmées.

Une image amusante de lutins rencontrés lors d’une de nos promenades.

Empiler du bois, c’est bien… mais faire de l’art c’est encore mieux !

A vous tous qui avez partagé nos découvertes en lisant notre blog, nous vous envoyons de très amicales pensées.

1 commentaire

  1. Quel bain de nature, et quelle météo somptueuse! Voilà une région où le tourisme de masse n’a pas fait de ravages. Magnifique récit de voyage. Un grand merci et cordialement à vous deux!
    Henri

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